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Mardi 11 avril 2006 2 11 /04 /Avr /2006 11:06

Le lien entre les pillages  à Saint Denis  et la reforme CPE de Villepin 

Commentaires parus dans le quotidien « Le Parisien » du 25 mars 2006 :

«UNE HORDE DE SAUVAGES, agressifs au possible, méchants... Ils ont fait irruption dans le magasin, ont renversé les vitrines, l'ordinateur, envoyé promener le minitel dans la rue. Pendant que les uns cassaient les vitres avec des pierres et volaient des bijoux, les autres nous ont pris la caisse en nous menaçant. Ils étaient bien une centaine, entrant et sortant à leur aise pendant une dizaine de minutes. On a eu peur pour nos vies. C'était effrayant, bien pire qu'un braquage. »

 
Comme on a vu dans les images diffusées par les médias du monde entier, des pillages ont sali l'image d'un mouvement de proteste sans égal depuis le fameux mai 68.

Ces jeunes marginaux, qui, pris au piège de leurs désirs matériels, jaloux de voir comment ses concitoyens s'enrichissent et s'offrent les attraits de la société de consommation actuelle, s'attaquent aux plus faibles pour satisfaire leurs instincts primitifs.

Ces instincts que les medias et agences de pub, aidés par l'idéologie gouvernementale néolibérale actuelle qui leur donne les reins de la manipulation médiatique de la masse sociale, réussisent  habillement à manier pour en tirer profit…

 

Quand j'habitais à Saint Denis, j'ai été témoin de vols de portables presque hebdomadairement. L'avènement des émeutes a débordé les forces de l'ordre et a permis à ces petits voleurs de s'organiser en raids pour essayer de toucher un plus gros lot. 

 

Il est clair que des petits voyous ont profité de l’ambiance généralisée de révolte pour agir en leur propre compte, mais ils  n'ont rien à faire dans ce mouvement de contestation généralisé. Celui-ci  a pour but de bloquer l'injustice sociale que le parti de Villepin , sans tenir compte de l’opinion de l’opposition et du peuple en général, veut essayer de réparer. Ce n’es pas en collant des sparadraps sur des blessures sociales aussi profondes que le premier ministre va réussir à sortir les français de la crise économique et sociale actuelle.

 

Les souvenirs de mai 68

 

En lisant le témoignage de Daniel Cohn Bendit (personnage médiatique clé de la révolte de mai 68) paru dans l'hebdomadaire « Le Monde 2 » du 25 mars j'ai pu me rendre compte  dans des termes  plus précis  pourquoi le CPE ne résout en rien le problème des jeunes  salariés, mais bien celui des entreprises.

 

C'est donc un reforme basée sur un critère économique et capitaliste  qui  ne  tient pas compte du rôle social que l'entreprise doit adopter dans la société pour contribuer à la prospérité, terme non choisi au hasard,  et qu’il ne faut pas confondre avec « croissance ».

 

 

En effet, les contrats comme le CPE qui permettent des licenciements sans explication, donnent un énorme pouvoir de sélectivité aux chefs d’entreprise, et donc une forte capacité d’adaptation face à leurs concurrents, malheureusement ils laissent le jeune diplômé sans défense face à ses supérieurs et démoralisé par l’incertitude face à l’avenir.

 

L’alternative que Bendit défend n’est pas de donner une liberté aussi forte à l’entreprise mais de la rendre  responsable du licenciement et permette à celui-ci de tenter à nouveau sa chance, c’est la un véritable rôle social de l’entreprise, une vraie morale pour l’économie de marché, et très probablement la meilleure solution « humaine » envisageable.

 

Les ciments de notre richesse

 

Le voitures brûlées et magasins pillés sont une des conséquences des clichés répandus par les politiciens de nos jours à propos des gens des quartiers.

 

Combien de fois a t-on entendu des phrases traitant les immigrés de profiteurs des impôts, et vu se répandre la fausse image de l’immigré comme charge sociale ?

Combien de gens  en France se vantent encore de leur avoir permis de gagner notre « civilisation » il y a trois générations quand ils sont arrivés massivement comme des ouvriers bon marché venant d’ex colonies. Faudra-t-il leur rappeler toujours que celles-ci son les ciments de  notre richesse ?

 

Faudra t-il encore rappeler ceci aux gens qui pensent encore qu’il faudrait mieux créer des murs entre les cités et les villes ? Ces gens qui sont bien contents de constater que ces murs sont bien là, mais invisibles…

 

Jeunes face à un mur

 

Imaginons maintenant un instant un jeune diplômé d'origine magrébine qui après avoir fait ses études, obtient tant bien que mal, un diplôme universitaire. sensé lui ouvrir les portes d’un travail,  en combinant au passage études et travaux de cafétéria , ou d'autres sous produits du travail précaire , fruits d’un néolibéralisme exacerbé.

 

Peut être, avec un peu de chance, et  si son nom de famille  le lui permet, il sera retenu pour l’entretien d’un poste qui lui intéresse, en concurrence aux centaines de postulants !

 

Et c’est ici que l’on pourrait imaginer que le CPE, en permettant au patron de courir le « risque » d’engager un jeune issu de milieu difficile, aurait un impact positif sur la crise des cités, même si, cette liberté offerte par le nouveau contrat au patron lui donne la possibilité de virer sans explication et à tout moment notre jeune employé…

 

Mais on peut toujours rester optimiste et penser que grâce au CPE on aura enfin fermé la porte aux peurs de clichés mal fondés , offrant enfin à notre candidat en situation socialement sensible une opportunité de démontrer à égalité de chances son potentiel…

 

Mais pour ne pas être dupe sur  ces « bonnes intentions » on devra regarder le  revers de  la monnaie, à savoir, celui de donner de faux espoirs à ce jeune diplômé, qui après avoir été embauché, se voit mis à la porte quelques mois plus tard sans aucune explication (CPE à la clé)  offrant au  patron la liberté de remplir avec plus de souplesse ce poste de travail qui avec de nouveaux candidats plus à son « goût » .

 

Il faut alors essayer de savoir si la raison de son licenciement (cachée grâce au CPE)  est bel et bien justifiée par un manque au travail ou bien à d’autres raisons, plus racistes, mais tellement peu correctes en général, et en particulier dans un climat social actuel si tendu, que le patron n’osera pas les avancer (sans avoir l’obligation) et  ne pas tacher l’image médiatique de son entreprise, car le nom de famille de la nouvelle recrute sera plus apte à représenter des contrats signés au nom de sa boite.


Des plaies encore ouvertes

 

Comme je disais précédemment les pillages récents des magasins de Saint Denis, et les autres preuves de vandalisme démontrées lors des manifestations de proteste contre le CPE, qui ont malheureusement  taché l’image de celles-ci, seraient plutôt dues aux  haines attisées par  des phrases irresponsables  et au fond clairement amalgamant. Faut-il encore rappeler le pouvoir des mots venant des personnages médiatiques ? 

 

On a pu constater ceci lors des émeutes de décembre qui ont laissé une plaie bien plus ouverte  et bien plus profonde que l’on n’ose imaginer. Monsieur Sarkozy avait qualifié de racaille tous les jeunes de quartier et s’était même permis de se moquer de leur façon de parler en publique.

 

Il est clair que les  reformes politiques soit disant sociales de Villepin ne réussirons sûrement  pas à colmater ces blessures à l’i image de celui qui essaye d’arrêter le sang émanant d’une blessure de balle avec des sparadraps oubliant que les hémorragies internes continueront à couler.

 

Quelles perspectives ?

 

Non, les problèmes de la  France viennent de plus loin , se remontant aux conséquences du colonialisme. Cela dit la crise de l’emploi qui touche les  jeunes est due essentiellement à la politique néolibérale qui englobe le monde industrialisé et au modèle néfaste de la croissance à tout prix.

 

Inutile aussi de rappeler, que pour arrêter ces crises sociales, répandues partout dans les pays néolibéraux , il faudrait adopter un modèle purement socialiste, ou le profit des puissants est secondaire au bien être général de tout le monde.

 

Les émeutes de quartier sont un cris d’alarme des jeunes qui dans le désespoir d’une génération privée de repères solides renforcent leur sentiment d’exclusion d’un système qui  à tort fait semblant de s’intéresser à leur problème avec des reformes non consensuelles comme le CPE. Il ne  fait qu’empirer la mauvaise image imbriquée dans la conscience de ces populations socialement marginalisées et provoque des réactions  aussi négatives que les pillages.

 

Conclusion

 

Je souligne pour conclure la naïveté de certains partisans de cette loi, qui voient en elle autre que des intentions politiques, bien peu sociales, préparant les  prochaines élections  présidentielles.

N’oublions pas que ceux qui se réfugient derrière un lobbying aux entreprises ont l’ intention d’obtenir  le soutien de celles ci lors du prochain rituel présidentiel   réservé aux élites de partis avec les moyens se payer les moyens de diffuser leurs  phrases pro électorales sur les antennes télévises.

 
Dans un climat politique aussi tendu, l’avenir ne se montre pas très prometteur, en tout cas, pour ces jeunes de banlieue qui demandent le « respect », terme que des politiciens à l’instar de Villepin et  Sarkozy utilisent bien trop superficiellement.

 


 

 

 

 

 

Par R.J.Ray - Publié dans : developmind
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